Life report

Benji Bouton : musicien multiple

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Il y a des gens comme ça qui ont un talent certain. Benji Bouton en fait partie. En 2007 on l’accompagnait en tant que membre du groupe Dajla comme Découverte Pays de la Loire du Printemps de Bourges ; puis aux Trans Musicales de Rennes comme batteur de Tribeqa. On le retrouve en juillet 2015 à Nantes à la fois comme intervenant à Trempolino sur une résidence de production avec Mauve Lunel et comme guitariste de White Tiger Society cofondé avec Dajla (au chant et à la basse) et le producteur américain Gordon Williams. Itinéraire d’un gars doué.

On t’a quitté en 2007 au sein de Dajla. L’eau a coulé sous les ponts, et il nous semble que tu as pas mal bougé depuis (Londres, Wax Tailor, New York…). Tu peux nous en dire plus ?
J’avais déménagé à Londres où j’ai principalement joué comme batteur pour des artistes comme Scrimshire ou Gizelle Smith, avant de rencontrer le bassiste Leon Brichard  aka Bassbully (Plan B, Salif Keita, Bilal…) avec qui nous avons monté un studio là-bas et commencé à composer et enregistrer des heures de musique. Le groupe Ibibio Sound Machine, que nous avons sorti l’année dernière chez Soundway Records, est issu de cette rencontre. En 2012, Wax Tailor me proposait de venir en tournée, comme guitariste. J’avais participé à l’enregistrement de plusieurs de ses disques, et prendre la route avec lui et toute l’équipe, dont les excellents MC’s du groupe ASM (A State of Mind) et Mattic, pendant 2 ans à travers le monde, a été une chance incroyable. En parallèle de cette tournée, je commençais à faire des allers-retours à New-York pour enregistrer le disque de White Tiger Society, mon nouveau groupe fondé avec Dajla Lalia (dont j’ai co-produit les albums depuis 2005) et le producteur ‘Comissioner’ Gordon Williams (Lauryn Hill, Amy Winehouse, KRS-1, Damian Marley, Carlos Santana… la liste est longue !). C’est là-bas que j’habite depuis un an et demi.

Tu travailles aujourd’hui dans un studio et sur de l’accompagnement à Manhattan ? Vous y faites quoi ?
La rencontre avec ‘Comissioner’ a été déterminante, et a ouvert le champ à de plus vastes projets. Il avait fondé la Lalabela Academy au moment de notre rencontre, et réalisé un programme scolaire appliqué aujourd’hui dans plusieurs écoles aux US, et envisageait de créer un studio de production autonome. Nous sommes aujourd’hui réunis au Manhattan Center dans les studios de Lalabela Music Group, et travaillons en alliant nos forces et talents. Je me suis remis à l’illustration ! Nous y produisons notre musique avant tout mais collaborons également avec beaucoup d’artistes. Harry Belafonte, Stephen Marley, et d’autres viennent travailler au studio, mais aussi de jeunes artistes pour des sessions d’écriture, ou perfectionner leur maitrise vocale ou instrumentale.

« Déclencher les moments de création »

Comment te retrouves-tu à Nantes aujourd’hui, comment s’est faite la «re-connexion» avec Trempo?
Nantes – et Saint-Herblain – restent mon berceau familial et j’essaye d’y retourner le plus souvent possible. Je connais Trempo depuis quinze ans, via les locaux de répétition que nous utilisions avec mes groupes quand j’habitais Nantes, ainsi que pour l’accompagnement au Printemps de Bourges. Je n’ai jamais perdu le fil de ce qui s’y passe. On se tient au courant avec Karim Bennani [NDLR – en charge de l’accompagnement des groupes à Trempo], et j’ai profité de la venue de notre groupe White Tiger Society au festival Soleils Bleus pour venir.

Tu intervenais ici sur un accompagnement de Mauve Lunel, comment s’est passée cette session ?
Très bien et trop court ! Ce qui est un bon signe. L’objectif en un jour et demi n’est pas de mener un enregistrement à terme, mais d’initier un rapport différent à sa musique, à la manière de l’écrire et de l’enregistrer, qui sont intimement liés. Mauve Lunel a beaucoup de talent et elle est entourée de très bons musiciens. Mais ce qui importe surtout une fois que la qualité, la matière est là, c’est leur capacité à créer, chercher et évoluer ensemble, à construire un son qui leur appartient et que les auditeurs voudront s’approprier. Un ressenti qui n’est propre qu’à eux.

« Sortir de sa zone de confort, […] de ses acquis, est une étape libératrice »

Quelles différences entre ta posture de producteur et celle d’intervenant pédagogique ?
La frontière est fine… Quand on travaille avec des gens qui ont déjà une compréhension de la musique, du son et de leur instrument, il s’agit de déclencher les moments de création, et de faire ensemble. Je pense qu’on apprend beaucoup par expérience, de façon empirique. En regardant faire, en essayant à sa manière, en se trompant, en essayant encore, et en ayant des personnes qui te tirent vers le haut. J’applique le même principe à cette expérience d’intervention pédagogique. Dans ces moments-là, la participation ou simple présence de toute personne dans la pièce a une influence considérable. S’en rendre compte et se sentir en sécurité pour essayer, s’amuser, sortir de sa zone de confort ou de ses acquis, est une étape libératrice.

Et le travail avec – pour changer – une artiste qui chante en français ?
C’est une bonne surprise. Ça fait du bien car j’ai assez peu travaillé avec des artistes qui chantent en français, mais avant tout Mauve a un talent pour le chant et le verbe. Elle le fait sans grandes pompes ou lourdeurs littéraires parfois associées à notre langue, et ça marche. Le français ne devient alors qu’un véhicule, et c’est le voyage qui compte. Avoir le sens de la musique d’une langue, n’est pas donné à tout le monde, quelle que soit sa langue ! J’écoute de la musique chantée dans toutes les langues avec le même intérêt. Mais vivant à l’étranger, l’affection portée à ma langue natale est décuplée.

Tes projets à venir ?
Les prochaines sorties de White Tiger Society ! Nous venons de sortir Day By Day en téléchargement gratuit sur notre site, et le morceau Tell Me Why, avec Stephen Marley, sortira cet automne, et nous préparons également une tournée. L’album d’ASM (A State of Mind) appelé The Jade’s Amulet, A Cinematic Hip Hop Oddisey, verra lui aussi le jour dans les mois à venir. Nous avons écrit et enregistré la musique dans leur maison/studio dans le sud de la France, autour d’une histoire épique, le tout porté à l’écran par de superbes dessins animés. J’ai également plusieurs projets en provenance de Londres avec mes complices producteurs et musiciens Leon Brichard et Kevin Toublant. Le disque de Leeroy Duncan, intitulé Cabazòn, et accompagné de mes illustrations, sera bientôt prêt. Nous nous sommes amusés à écrire la musique d’un film fictif, dont l’action est située non loin de la frontière mexicaine, en Californie, avec un son inspiré des films noirs français des années 70, et des musiques du génial compositeur Rahul Dev Burman. Enfin, nous sommes en train de finir le disque du délirant groupe Mad Mad Mad, dont j’ai hâte de sortir les premiers morceaux !

BENJI BOUTON SUR SOUNDCLOUD

LE SITE DE WHITE TIGER SOCIETY

LIRE LE LIFE REPORT SUR LA RÉSIDENCE DE MAUVE LUNEL EN CROATIE

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