Life report

Collectif Øpéra : hørs førmat

Illustration de l'article « Collectif Øpéra : hørs førmat ». © Fabien Tijou. © Fabien Tijou

Le Collectif Øpéra intègre l’un des studios collectifs à Trempo pour deux ans, et sera sur la scène de Stereolux ce 17 janvier. Deux bonnes raisons pour converser avec Grégoire et Eva, les piliers du collectif nantais hors format.

— par Cécile Arnoux

Pourquoi un collectif ? Pourquoi Øpéra ?
Pour porter des projets transdisciplinaires, narratifs et décloisonnés qui parlent du monde d’aujourd’hui et de demain. Nous avons eu envie d’une pensée plus large que le prisme musical et avons alors commencé à fédérer une communauté de créatifs et de gens issus de la société civile pour réaliser des créations « hors format ». Nous avons la chance de collaborer depuis une dizaine d’années dans des champs artistiques variés comme le théâtre, le cinéma, les arts visuels ou numériques, avec le plaisir de découvrir des regards différents sur la création. Les temps de travail sont souvent courts, avec pas mal d’enjeux et donc peu propices à un échange de fond sur la durée. L’idée du Collectif Øpéra est de permettre de développer ces échanges créatifs, de créer des frictions, de décloisonner et d’ouvrir de nouvelles perspectives. Le choix du nom fait écho au genre opératique qui a connu de nombreuses formes dans le temps, et qui caractérise par essence les œuvres qui utilisent justement la transdisciplinarité. C’est aussi un clin d’oeil à nos échanges avec le chanteur d’opéra Ruben Drole.

Vous intégrez un studio collectif à Trempo pour plusieurs mois, pourquoi et pour y faire quoi ?
Le studio collectif va nous permettre de développer les créations du Collectif Øpéra dans un réel confort de travail. Les espaces vont faciliter notamment la préparation à la scène, mais aussi la réalisation de captations vidéos, photographiques et sonores. Notre agenda de création va être assez chargé ces deux prochaines années. Nous allons continuer à développer le projet Le Jeune Homme & la Nuit, ses œuvres périphériques (court-métrage, expositions, albums) et ses différentes formes live. Notre duo Moongaï va bientôt fêter ses dix ans, nous préparons l’album des chansons du spectacle Le Jeune Homme & la Nuit qui est le répertoire actuel de ce projet. En parallèle, nous développons Häxan vs. Abraham Fogg un hommage transdisciplinaire à l’un des premiers films d’horreur de l’histoire. Ce projet va inclure un ciné-concert électronique, une exposition photographique et des conférences de chercheurs sur le sujet central du film, la sorcellerie. Il y a également le projet AvA en écriture, qui va associer plusieurs producteurs électros et réalisateurs vidéos autours de chansons et de screenplays écrits par Eva. Nous développons aussi le projet Hybride de Paul Colomb, qui mélange violoncelle et électronique. Nous commençons en parallèle l’écriture d’une nouvelle histoire, un thriller en huis clos, destiné au cinéma et peut-être également au théâtre, un projet qui va nous prendre quelques années. Nous écrivons et composons régulièrement pour d’autres artistes, Grégoire a très récemment été appelé par un réalisateur américain pour composer la musique d’un long métrage.

Vous avez la particularité de « mêler » les arts à travers quelques 27 artistes européens membres du collectif ? Qu’est ce qui les rassemble ? Quels seraient les points de jonctions ?
Nous avons commencé à fédérer cette communauté dans le sillage de la création du projet Le Jeune Homme & la Nuit, avec la volonté de créer une équipe créative jeune (moins de 30 ans de moyenne d’âge), paritaire et tournée vers son temps. Ce sont des créatifs allant de la musique de chambre à l’art numérique, du dessin-animé au cinéma et au théâtre avec lesquels nous avons pris grand plaisir à travailler sur de précédents projets ou dont le travail nous plaisait et nous paraissait entrer en cohérence avec l’esprit du collectif. Je pense que ce qui nous rassemble c’est la curiosité, une vision du monde et des goûts esthétiques communs, une exigence artistique, une passion pour notre travail, de la bonne humeur – c’est important – et la volonté d’être acteurs de nos sociétés. Le collectif inclue aussi des bénévoles, chercheurs, startuper, enseignants, étudiants, chômeurs, ouvriers, retraités, qui nous aident à donner vie à ces projets avec passion. C’est une expérience assez folle de voir ce projet artistique et humain prendre vie et grandir d’année en année.

Le Jeune homme et la Nuit sera présenté à Stereolux le 17 janvier prochain, comment résumerais-tu ce nouveau projet et quelle est l’intention artistique ?
L’intrigue se passe dans un avenir proche. C’est l’histoire d’un jeune homme de 25 ans, Nathanaël. La nuit, il peint des fresques dans les dédales de la ville. Le jour, il vit de piges pour une boite de com’ qui vante les mérites de porcs d’élevage comme ceux de voyages vers l’au-delà. De la mort de son père à la rencontre, un an plus tard, d’un nouvel ami, notre héros va vivre une période fondamentale de son existence. Entre errances dans un groupuscule du nom de ZØ, désillusions au coeur de la Cité d’Or et éclipse dans l’antre du Musée de la Chasse, Nathanaël va découvrir dans ce long voyage ce qui fera de lui l’homme qu’il va devenir. Pour raconter Le Jeune Homme & la Nuit, nous avons eu l’idée de plonger le spectateur dans la tête du héros. Nous voulons faire vivre au public une expérience emphatique immersive dans la vie d’un jeune homme de 25 ans. Pour réaliser cette intuition, il nous a paru naturel d’exploiter un maximum de sens et nous avons décidé d’utiliser musique, cinéma en vue subjective, voix-off, théâtre & dessin animé, le tout dans une scénographie particulière. Nous avons aussi pensé que faire appel à de jeunes trentenaires pour donner vie à tout cela avait du sens. Près de 250 bénévoles nous ont accompagnés dans cette épopée. Que ce soit pour de la figuration lors du tournage du film, pour cuisiner, pour piloter un drone, un camion, une péniche. Il y a eu 25 jours de tournage dans 54 lieux, dont un zoo, une cathédrale, une étable, des barres d’immeubles dans le 93, la Cigale à Nantes, une station service, le Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, la forêt de Brocéliande, etc. Pour l’Acte II du spectacle, nous avons créé de toutes pièces un village cyberpunk à Vallet.  Une aventure humaine et artistique incroyable !

Le 17 janvier prochain à 19h30, le public pourra découvrir en avant-première les oeuvres des artistes visuels du Collectif : À deux doigts, Thomas Pons, Julie Stephen Chheng et un documentaire sur l’aventure de Simon Bonneau dans le cadre de l’exposition Millennials (visible jusqu’au 23 mars). Puis à 21h00, Le Jeune Homme et la Nuit sera à vivre en live dans la salle Maxi de Stereolux.

Une question ?