Life report

San Carol : la personne aux deux personnes

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Très honnêtement, cette sélection 2016 des iNOUïS du Printemps de Bourges fait plaisir ! Pourquoi ? Parce que San Carol était plutôt un outsider, parce que San Carol, sur disque comme sur scène, dispose d’une sacrée énergie et d’une parfaite intégrité, parce que San Carol prend des risques en ne refaisant jamais la même chose (et ces deux disques sont là pour en témoigner), parce que San Carol a de l’humour et du détachement sur ce qu’il fait… Rencontre avec un gars qui traite des dizaines d’arrêts de travail au quotidien, et s’énerve devant un micro et transcende le rock !

San Carol est accompagné par Trempolino en sa qualité d’antenne du Printemps de Bourges, avec le soutien de la Région des Pays de la Loire et du Chabada.

Peux-tu revenir sur les origines du groupe et comment tu en arrives à ce qu’est San Carol aujourd’hui ?
San Carol va bientôt fêter ses 3 années. J’ai créé le projet avec l’aide de Yan Hart-Lemonnier (boss de feu-Ego Twister Records), un ami angevin et qui est probablement aujourd’hui la personne à qui je parle en premier de mes projets autours de San Carol. J’avais pour ambition seule à ce moment de sortir un album à partir de vieux synthétiseurs analogiques. Ce disque, « La Main Invisible », est sorti en novembre 2013 après une année de gestation et a été très bien reçu. S’en sont suivi des concerts et une nouvelle vision du projet. Le projet s’est en quelque sorte construit autour de ce premier album, puisqu’il a fallu trouver des musiciens pour m’aider à aborder la scène et définir ce vers quoi je voulais aller, dans tous les sens du terme.

Ce virage détonnant de l’électro au rock, comment l’expliques-tu ?
Je ne veux pas reproduire le même disque, chaque disque de San Carol doit avoir son individualité. « Humain Trop Humain » et son orientation rock représentent une facette de mes goûts et influences, mais surtout illustrent mon humeur de l’époque. « La Main Invisible » était un album de découverte et à l’esprit candide, il en résulte à mon sens des chansons naïves et avenantes. La suite, « Humain Trop Humain » reflète une ambition plus large, l’envie d’essayer de faire un disque important, même si ce n’est pas le terme exact. J’avais envie d’écrire des chansons plus grandiloquentes car maintenant j’en ai à peu près les moyens, je saurais par où commencer. Au final, « Humain Trop Humain » n’est qu’une étape parmi les disques que j’ai en tête et qu’il faut maintenant enregistrer. Ce qui est sûr, c’est que je suis très fier de ces deux disques qui me sont très intimes.

Comment as-tu choisi tes acolytes musiciens ?
Mon guitariste Stw est le seul rescapé de la toute première formule live de San Carol, c’est par ailleurs la première personne que j’ai contactée. Je ne connaissais pas grand monde sur Angers aux balbutiements du projet. J’ai pu voir Stw et son groupe Future Dust sur scène à l’époque, il était déjà au top et savait aussi jouer des effets, c’est ce que je cherchais pour San Carol. Je l’ai donc invité à me rejoindre. Nerlov (basse) et Simon (batterie) sont arrivés peu après la sortie du deuxième album. Ce sont d’excellents musiciens en plus d’être des amis. L’invitation s’est faite de manière très naturelle. Je suis très satisfait de ce qu’est San Carol en live. Cependant, comme sur disques, le live doit évoluer afin de ne pas digérer la même formule encore et encore. En tout cas, j’ai l’équipe qu’il faut pour répondre à cela.

Un mot sur le regretté Ego Twister ?
Au-delà d’un label, Ego Twister c’était un état d’esprit pour moi. C’est triste qu’il n’existe pas de disques estampillés « Ego Twister » à venir mais c’est ainsi, Yan ne s’arrête pas pour autant d’être un véritable activiste de la musique indépendante puisqu’il organise des concerts sous le nom « C’est Pour La Musique » sur Angers et est toujours présent pour aider les projets qu’il apprécie. Sans Yan et Ego Twister, San Carol n’existerait simplement pas, et je serai probablement encore incapable de faire exister mes idées. Yan m’a permis de décanter énormément de choses, faire de la musique de manière sérieuse, c’est quelque chose de très récent pour moi.

Et Gonzaï ? Même combat ?
Non ce ne sont pas les mêmes choses même si des valeurs rapprochement les deux labels : le DIY, les grandes gueules, le refus des compromis… Gonzaï me fait marrer pour mille raisons (la principale étant que tout le monde les prends pour des connards finis), mais m’a fait confiance dès le début et sait me rassurer quand il faut. Ce ne sont pas les rois du pétrole, mais ils aiment la musique. C’est franchement ce qui m’importe pour le moment.

Cette sélection pour les iNOUïS du Printemps de Bourges, qu’est-ce que ça évoque pour toi ? Un pour 190 postulants ?
C’est gratifiant. Je pense pourtant que d’autres groupes méritent autant la place que nous. J’ai vraiment adoré les Slow Sliders par exemple lors des auditions à Saint-Nazaire en janvier dernier, ce sont des petits branleurs mais ils savent écrire des chansons aux harmonies folles. Bon, si on est invité à jouer aux iNOUïS, c’est sans doute qu’on ne l’a pas volé non plus ! C’est très plaisant de savoir qu’un jury que nous ne connaissions pas a été séduit par notre musique. On a l’habitude de dire que tout se fait en pompant des zizis (je suis le premier à le dire avec ma mauvaise foi légendaire). Comme quoi, des fois, on est médisants.

Comment tu imagines le concert là-bas ?
Honnêtement, je ne suis pas très impressionné. C’est un concert et à moins de faire de la merde sur scène, ce sera cool d’une manière ou d’une autre. Les préparatifs logistiques sont carrément plus stressants que le concert en soit. Je serai un peu tendu avant de monter sur scène, comme à chaque concert. Une fois devant le public, c’est toujours salvateur. Après, je ne suis jamais allé à Bourges, dès lors que la bouffe est bonne…

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Tu travailles à la Sécurité Sociale, y-a-t-il des points communs entre cette administration et le monde de la musique ?
Je parlais de ça à une collègue récemment justement : ce côté bipolaire. Honnêtement, il n’y a pas plus opposé que mon travail à l’Assurance Maladie et le métier de musicien, vraiment. C’est parfois dur à vivre, on a l’impression d’exploiter à outrance deux aspects de sa personnalité, et c’est très dur de faire le tri lors des coups de doute. Cependant, j’ai besoin d’un travail « normal » car c’est aussi dans mon éducation, je ne peux vraiment pas m’imaginer sans un boulot bien terre-à-terre. C’est très compliqué à faire comprendre cela à son entourage musical, que ce soit ses musiciens ou les professionnels du milieu qu’on est amené à côtoyer. Comme si bosser et faire de la musique était contraire… Sans déconner, je pense que la France est le seul pays où on te fait croire que c’est totalement impossible. J’exagère un peu, certes, mais il y a du vrai dans cela. Il y a un discours assez pesant parfois. En attendant, je bosse depuis que j’ai 15 ans. Quand le premier album de San Carol est sorti, je cumulais un boulot de caissier à Carrefour, des semaines de 30h de cours à l’Université et tout ce qu’implique le développement et la vie d’un groupe de musique. Pourtant, ça n’a jamais empêché jusque là à San Carol d’avancer… Je n’ai certes pas le temps de faire tout ce dont j’ai envie, mais je n’abandonne jamais.

Ne sont-ils pas un peu fonctionnaires des fois les rockeurs ? Ne sont-ils pas un peu punks les fonctionnaires ?
Juste pour clarifier, nous ne sommes pas fonctionnaires à la Sécu, même si nous avons probablement plus d’avantages que la plupart des salariés du privé pur et dur.  Dans le monde de l’entreprise, il y a vraiment une diversité assez dingue de gens. Tu sais dans la musique, on se ressemble franchement aussi tous un peu. On a tendance à se foutre un peu de la gueule de ces gens terriblement « normaux », mais finalement ce n’est qu’un mode de vie différent, des centres d’intérêt différents. J’ai réellement le cul entre deux chaises à ce niveau personnellement. Alors oui, il y a des rockeurs dans les fonctionnaires et des fonctionnaires dans la musique. Par contre, crois moi, je déteste ce sens péjoratif au terme « fonctionnaire ».  Ce que je veux dire par là, c’est qu’il y a toujours des gens différents qui ont des passions, un regard à eux mais ont besoin d’autres choses pour compenser et avoir une hygiène de vie qu’ils estiment saine.  Par exemple, à la Sécu tu n’imagines pas le nombre de personnes qui traitent des feuilles de soin à longueur de journée mais se font un bon gros plaisir comme le Hellfest ou d’autres choses. J’aime cette part un peu cachée de certaines personnes, c’est ce qui prouvent aussi que malgré les apparences, les personnes ne sont pas qu’une masse sans système de pensée. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas d’aliénation de la part de bon nombre d’entre nous, mais ce n’est pas nécessairement de notre faute je pense, plutôt de ce dont on est nourri. Je pense sincèrement que si beaucoup arrêtaient de penser et décider à la place des autres, on aurait moins d’à priori sur la connerie du monde.

Tu parles d’un noyau dur d’amis musiciens sur Angers qui intègrent San Carol, VedeTT, Nerlov… Quel regard portes-tu sur cette ville artistiquement ?
Pour sa taille, Angers est une ville très riche. Je suis originaire du Mans, ce sont deux villes radicalement opposées. Le Mans est une ville qui se démerde comme elle peut, ses groupes se bougent tout en étant laissés à l’abandon. C’est dommage car il y a là-bas de supers groupes. Angers est dans un autre état d’esprit, il y a des moyens et des personnes autours de nous pour être à l’écoute. Mais sans ça, il y a depuis quelques années des types sur-motivés qui en ont raz le cul d’être comparés à des gloires vieillissantes, du coup ils se bougent. Avec les potes, on se donne les moyens de faire des disques qui ont de la gueule, on se refile les bons plans, on s’aide à avancer en un sens.

Tu as sorti le 4 avril dernier, un disque de remixes. Comment as-tu choisi les remixeurs, et y-a-t-il un morceau qui vraiment t’a surpris dans sa version ?
J’ai choisi des amis. Rubin Steiner par exemple est un peu le parrain de San Carol, il m’a donné des conseils et aidé depuis le début, c’est quelqu’un de très important pour moi même si je le connais relativement peu au final. Je lui ai naturellement demandé s’il souhaitait participer à « Sciences Humaines ». Bernard Granchier et Wilfried Thierry d’Amnésie sont des amis d’Ego Twister et je suis absolument fan de leur travail. Bernard a vraiment un truc anxiogène dans sa musique qui me bouleverse, surtout quand on connaît le mec : un type qui bosse à Carrefour et dont la famille ne comprend pas du tout son art. Wilfried est pour moi un véritable artiste, je suis conquis depuis le début à ce que fait ce mec, quoiqu’il touche, c’est forcément très bon. Ces gens là sont un peu la famille Ego Twister élargie, c’était important pour de les faire participer. Quant à Aube L, Prester et Space Electric Club, ce sont des connaissances et amis que j’ai pu rencontré grâce à San Carol, j’apprécie beaucoup leur travail et je souhaitais voir où ils emmèneraient les morceaux.
Pour revenir à « Sciences Humaines », c’est un album de remixes pour ceux qui n’aiment pas les remixes. Pour « La Main Invisible » j’avais fonctionné dans la même logique puisque j’avais mis sur internet des reprises de chansons de l’album par des amis et artistes que j’affectionne particulièrement (Seventeen At This Time et Tim Woulfe notamment).  Les remixes en mode club avec un gros kick et des effets à la con, je le laisse aux autres. Je le ferai probablement sur le prochain album, mais c’était à mon sens hors-sujet avec les disques actuels.  Avec « Sciences Humaines », je voulais aller plus loin sur une facette d' »Humain Trop Humain » et son krautrock approximatif. Il y a une dimension expérimentale que je souhaitais montrer un peu plus, c’est un peu le propos de « Sciences Humaines » même si cela reste très digeste et intelligible.

Neu! ou Can ?
Définitivement Neu! J’aime énormément Can aussi mais l’impact qu’a eu Neu! quand je les ai découverts a été définitif ! La rythmique caractéristique du groupe avec ses accents sur les coups de caisse claire m’est très chère ! Aucune idée pourquoi ! Après, franchement San Carol ne fait pas du Neu! et encore moins du krautrock ! C’est un groupe de pop qui n’aime pas tant que ça la pop.

• San Carol, concert au Printemps de Bourges, mercredi 13 avril 2016, 23h30 à la salle du 22 Est

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Photos : Fred Lombard

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