Life report

Philémone : Nantes, son paradis

Illustration de l'article « Philémone : Nantes, son paradis ». © Fred Lombard. © Fred Lombard

Quand on réalise, au bar de Trempo, un entretien avec Fanny, créatrice du projet Philémone, la tentation est grande de placer dans l’article le jeu de mots « Fanny au bar ». Sauf que la néo-Nantaise, dont la carrière naissante est accompagnée par Trempo, a déjà marqué des points. Et la partie est même loin d’être finie pour la jeune artiste qui vient de signer avec le tourneur À gauche de la lune.

— par Sylvain Chantal

« Je suis arrivée à Nantes il y a trois ans, en provenance de Tours. J’ai passé le concours d’enseignement ici et intégré l’Éducation nationale en tant que professeur des écoles. Aujourd’hui, je démissionne pour me consacrer pleinement à mon projet. Je veux mettre toutes les chances de mon côté. » Philémone, nom de cette aventure musicale, oscille entre chanson et spoken word, textes incisifs et hymnes rythmés, avec en figure de proue le hit potentiel Saint-Nazaire, dans lequel elle narre la fin d’une relation amoureuse dans la ville portuaire, son ironique « paradis » également décrié par les humoristes Éric et Ramzy en 2016.

Philémone © Fred Lombard

À Nantes, Fanny traîne régulièrement à Trempo, institution « bien répertoriée quand on découvre la scène locale ». Elle y assiste, dans le public, à des conférences ou des concerts. Puis, lorsqu’elle décide de lancer son projet solo, la chanteuse postule aux iNOUïS du Printemps de Bourges, dispositif national de repérage et de sélection de nouveaux talents artistiques. « C’était trop tôt. Je savais que je ne serais pas prise, mais cela m’a permis d’entrer en contact avec Karim Bennani (responsable de l’accompagnement à Trempo). » Ce dernier lui propose alors le dispositif MAD qui s’adresse à des groupes souhaitant être accompagnés par des professionnels dans le but de développer leur projet. Huit artistes sont sélectionnés, pour quatre soirées avec deux projets et un groupe de lycéen. Elle y fait la connaissance de Snow, avec qui elle se noue d’amitié au point de faire par la suite des concerts toutes les deux.

Fanny bénéficie ensuite d’une journée de résidence à Stereolux avec le musicien Grégoire Vaillant et la metteuse en scène Annaïck Domergue. « C’était très formateur car je partais vraiment de nulle part. En 2015, j’avais tourné en groupe, mais je n’avais encore pas fait de concert solo. Grégoire m’a beaucoup aidé dans l’utilisation du logiciel Ableton. Quant à mon travail avec Annaïck, ce fut une révélation ! » À Tours, Fanny avait suivi des cours de théâtre, notamment au Conservatoire pendant un an et demi, mais la collaboration avec la metteuse en scène la « débloque » : « Annaïck m’a aidé à me servir de mes acquis théâtraux pour les reproduire sur scène. J’ai beaucoup appris, notamment en termes d’aisance et de lâcher prise, et cela m’a permis de voir comment “tenir” un concert toute seule ».

Philémone © Fred Lombard

Depuis, Philémone a retenté les Inouïs en 2019. Figurant parmi les six projets retenus (sur 148), elle s’est produite le 2 février dernier au Fuzz’Yon à la Roche-sur-Yon. Fanny ne fait pas partie des deux lauréats, The Slow Sliders et 54, invités au Printemps de Bourges (du 16 au 21 avril 2019), mais sa déception s’est vite estompée : Trempo vient de lui apprendre qu’elle jouerait en août dans le cadre du festival de Granby (Québec), au côté des deux groupes canadiens soutenus par la structure nantaise. Elle rentre ainsi dans 360, le programme d’accompagnement de Trempolino destiné aux groupes émergents, avec le soutien notamment de La Bouche d’Air.

Sa collaboration avec Trempo ne s’arrête pas là. En plus de conseils en communication dispensés par Benjamin Reverdy, responsable de ce secteur au sein de la structure nantaise, Philémone a été programmée le 30 juin 2018 dans le cadre de la Nuit du Van, où durant 24 heures ont défilé 80 groupes de la scène locale dans différents lieux de la ville.

Sa dernière actualité, alors qu’elle prépare un EP pour l’automne prochain, est la signature avec le tourneur lillois À gauche de la lune. « Karim m’a donné le contact de Céline Lemée, bookeuse au sein de cette structure, et elle est venue me voir en concert. Nous sommes en train de monter une tournée, dont la première date sera le 23 mars à Béthune, lors d’un festival qu’ils organisent. J’espère qu’avec cette signature des choses vont se décanter. » À trente ans, Fanny a fait le pari de quitter la fonction publique. « C’est un peu angoissant car ma situation sera plus précaire, mais cela va avec ma philosophie de vie. C’est un risque que je suis prête à assumer. Il y a trop de plaisir pour l’étouffer. En tout cas, maintenant je vais avoir du temps… » Et ce ne sera pas pour jouer au baby-foot.

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