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Simo Cell et Batu : couteaux suisses et numéros 6

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Simo Cell démarre une résidence électro à Trempolino. Courant 2018, il travaillera en studio avec un DJ invité sur chaque session, et présentera ce travail collaboratif dans le cadre de cinq soirées RE-Cell. Premier match ce samedi 10 février avec le Bristolien Batu. Rencontre avec ces deux numéros.

— par Cécile Arnoux

Batu, peux-tu présenter Simon ?
Batu – Simo Cell aka Simon, DJ et producteur français. Ses premiers sons ont été publiés sur Livity Sound, un label anglais, et c’est ce label qui nous a fait nous rencontrer. On a donc ce label en commun, on a joué quelques fois ensemble sur Paris, et c’est comme cela qu’on appris à se connaître. Notre conception de la musique est assez similaire : un ensemble de mouvances différentes qui fonctionnent très bien quand on les réunit. Que ce soit le versant dance, à savoir la dubstep, la jungle, la garage, ou bien le côté techno, house. Je pense qu’on essaie de trouver l’équilibre entre ces deux pôles et d’en faire ressortir quelque chose de différent.

Simon, peux-tu présenter Batu ?
Simon – On s’est effectivement rencontré à Bristol via le label. Batu a monté le label Timedance il y a trois ans, il y a déjà 12 références au catalogue. Timedance est un peu une des vitrines du son anglais aujourd’hui, et l’un des labels les plus excitants. C’est un homme « couteau suisse » ; il est DJ, producteur et label manager. C’est quelqu’un de très talentueux avec qui j’adore mixer, parce que c’est un peu mon double. On a des influences communes et on mixe ensemble de manière fluide et spontanée. Je prends énormément de plaisir à jouer avec lui, et j’ai très envie de développer des projets avec lui dans les mois qui viennent, que ce soit des prods ou des DJ-sets. On est vraiment dans le même délire.

Et qu’est-ce qui fait que c’est si fluide avec Batu ?
Simon – Chaque DJ a sa palette musicale, son style. Me concernant, ma palette se base sur l’éclectisme pur et dur. Je joue des tempos très différents, et le DJ qui joue avec moi peut avoir du mal à suivre, habitué qu’il est à développer un style unique. Batu me suit sans problème, je peux le suivre sans problème, on se repose l’un sur l’autre, on se fait confiance, on se fait surprendre avec plaisir, et on peut ainsi prendre beaucoup de risques. Et puis, on est sur la même longueur d’ondes, tous les deux bosseurs, sérieux, avec les mêmes envies, et l’appétence commune de s’amuser. On a tous les deux une vraie passion pour le DJing. Certains artistes sont reconnus car ils ont des bons morceaux, ils sont d’excellents producteurs, mais des DJs moyens. Batu et moi sommes avant tout des DJs, on partage cette approche de la musique comme DJ plus que producteur.

Cette résidence à Trempo, qu’est ce qu’elle apporte ?
Simon – C’est le Saint Graal pour tout DJ que de bénéficier d’une résidence, c’est une grande fierté pour moi, surtout qu’elle se passe à Nantes. Je suis attaché à cette ville, je n’y joue que rarement. C’est une opportunité incroyable pour moi de revenir. La résidence permet au DJ d’imposer sa vision du club, d’inviter des artistes qui lui plaisent, ça donne une grande liberté. J’adore jouer longtemps, et c’est justement le principe de la soirée de samedi. Alors, c’est une sacrée aubaine pour moi, ça me permet de travailler dans la longueur.

Le fait de revenir plusieurs fois, est-ce que tu imagines une progression, un cheminement ?
Simon – Je sais à peu près quels artistes je vais inviter. Sur cette première, j’ai convié quelqu’un que je connais bien, pour asseoir quelque chose, marquer un début. Mais pour la suite, j’ai très envie de proposer à des artistes plus « intouchables » avec lesquels je n’ai jamais travaillé, et me mettre un peu en danger. Proposer à ces DJs « intouchables » de jouer devant seulement 200 personnes, chose qu’ils ne font plus, créer donc un truc exceptionnel et intimiste pour le public, c’est un peu le rêve. Le fait de se poser aussi dans un studio, durant trois jours, alors qu’on a tous des emplois du temps très chargés, je vais apprécier. On ne se voit pas souvent avec Batu, résidant dans des villes différentes. Se retrouver là, à essayer des trucs sur une temporalité relativement longue, je me sens privilégié, vraiment.

Le bâtiment (un blockhaus faut-il le rappeler ?!), la ville, le fait de croiser en permanence des musiciens au sein de Trempo, pensez-vous que cela va influer votre travail ?
Batu – Oui je pense. L’endroit où l’on se trouve influence toujours, on ne sait jamais vraiment à quel endroit par contre. Le fait de se poser dans ce studio influence aussi, avec la finalité de la soirée qui donne une focale au travail, cela donne une certaine motivation. Cette temporalité spécifique, cet endroit spécifique, ce nouvel environnement pour moi est bénéfique et rafraîchissant.
Simon – L’univers est nouveau pour nous. On a l’habitude de travailler dans des studios de producteurs électroniques. Ici, on croise des musiciens, on a découvert ces seize studios, on n’est pas dans le même état d’esprit, ça fait du bien. Et puis, on sort de nos habitudes, de nos set-ups habituels. Ici ce n’est ni mon studio, ni le sien, on est en terrain neutre. Ça nous permet de découvrir une autre manière de produire, c’est « challengeant ». Batu a ramené deux effets, moi j’ai ramené une boîte à rythmes et un séquenceur. Je ne produis pas de la même manière que je l’aurais fait dans mon studio, et c’est bien tout l’intérêt de la résidence. Quant à la ville, l’influence est pour moi plutôt inconsciente. Je suis consciemment assez influencé par la météo plus que par la ville dans laquelle je me trouve. Ce qui est certain, c’est que je suis de bonne humeur parce que je suis à Nantes, j’ai plaisir à travailler ici.

Tu suis un peu la scène musicale présente à Nantes ?
Simon – Oui, je suis toujours en contact avec des collectifs électro, Abstrackt notamment. Il y a beaucoup de collectifs à Nantes, je ne les connais pas tous, et me trouve un peu largué d’ailleurs. Je vois que la ville bouge bien, il y a une belle énergie, avec des nouveaux formats, des teufs le dimanche après-m’, c’est vraiment cool. Ces nouveaux formats ne fonctionnent pas dans toutes les villes. On sent qu’ici il y a un engouement, une émulation, des nouvelles choses qui amènent un public nouveau, un cercle vertueux en somme. Quant aux autres styles, j’écoute beaucoup de musiques différentes. Je reviens assez systématiquement pour les Folles Journées, mes parents étant guitaristes classiques, mon père est d’ailleurs concertiste. Et puis, j’ai aussi eu l’occasion d’aller au Blockhaus DY10 avec ma copine voir des concerts expérimentaux, et j’aime assez cette idée d’aller voir un truc sans connaître, se laisser porter, ne pas comprendre ce qui se passe, n’avoir aucun code.

RE-Cell, qu’est-ce que cela t’inspire ?
Simon – J’adore. Il y une double intention. RE car je reviens à plusieurs reprises. Et RE-Cell, ça fait un peu punk, ça confirme ce côté liberté qui me plaît bien dans ce  projet.

Bon, et sinon le foot ? L’Angleterre est un pays de football, le FC Nantes est en bonne posture. Quel rapport avez-vous avec le football ?
Batu – J’adore le foot, nous avions d’ailleurs envie d’aller à la Beaujoire samedi voir le match Nantes-Lille, mais ça ne va pas être possible. Le manager du FC Nantes, Claudio Ranieri, est très connu en Angleterre, il a entraîné Chelsea notamment. Mais je suis supporter de Nottingham Forest, une petite équipe, et de Nantes bien sûr !
Simon – On parle beaucoup football avec Batu, on attend la Coupe du Monde avec impatience. Je supporte Nantes bien sûr, sans être non plus inconditionnel au point de regarder tous les matchs du club. Mais je suis l’équipe, et j’ai bien plaisir à les voir 5e du championnat.

Si vous deviez jouer dans une équipe, vous seriez à quel poste ?
Simon – Le 6, c’était mon poste quand je jouais, gamin. J’adore, c’est le « dalleux » de l’équipe, celui qui court partout, qui récupère et renvoie le ballon, celui qui crée le jeu. Il y a ce côté multi-tâche et couteau suisse que je pense incarner un peu dans la musique, j’essaie de créer du jeu. C’est box to box, entre la défense et l’attaque, tu fais le lien.
Batu – [qui n’a pas compris la réponse de Simon puisqu’il ne comprend pas le français] Le numéro 6, sans hésiter. Celui qui fait le jeu, un joueur comme Xabi Alonso. Le n°6 c’est celui qui court, c’est mon rêve (rires) !

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