Life report

Stage pop rock à Liverpool : journal de bord

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Grande première pour notre nouveau stage autour des musiques pop rock à Liverpool. Du 15 au 25 octobre 2013, 9 musiciens sont partis sur place, en immersion totale au Parr Street Studio et au Motor Museum.
Journal de bord par Karim Bennani, coordinateur pédagogique de Trempolino.

17 octobre

1er jour du stage. « Le bon lieu, le bon groupe, le bon instrument » : voici le leitmotiv de la journée. Imaginez 9 personnes qui ne se connaissent pas, qui n’ont jamais joué ensemble et qui se retrouvent au sein d’un des plus prestigieux lieu dédié au son en Grande-Bretagne. Sans chanson à jouer ! Qu’à cela ne tienne, Chris Taylor, réalisateur artistique (The Coral, The Cast, Coldplay…) en a un stock pour eux. Il nous raconte son parcours. Après une formation au Lipa (The Liverpool Institute for Performing Arts : l’école de Paul McCartney), ce jeune homme d’une trentaine d’années (!) a gravi les échelons du studio Parr Street, 1 à 1, depuis 10 ans, pour nous arriver aujourd’hui de l’Everest (d’où il revient d’un trekking incroyable). Les musiciens ne se connaissent pas ? Pas de problème : des groupes, il en a vu passer dans le studio, de tous styles, de tous niveaux. Du plus connu de la scène internationale, aux jeunes pouces. Chris nous donne RDV cet après-midi pour une master class de 2h30 dans la crème des crèmes des studios. Les 9 français travaillent donc un morceau de The Coral sans lui. Tout se construit dans le respect mutuel, dans la répartition de l’orchestration, sous mes conseils. Quelques musiciens de Liverpool croisés la veille passent écouter et discuter. Puis Chris Taylor décortique tous les aspects du studio. Le backline vintage côtoie les toutes dernière technologies dans 6 cabines (parées de matériaux réflectifs de toutes sortes afin que chaque pièce ait son acoustique propre par instrument). Chris nous explique que depuis l’époque où le studio appartenait à Phil Collins, la manière d’enregistrer a bien changé. Plus question de perdre de temps maintenant. La crise du disque est passée par là. Il faut être efficace, rapide, d’où la nécessité de personnes comme lui qui ont des compétence techniques, artistiques. Son intervention est brillante, détaillée, pédagogique. Chris décortique piste par piste son travail avec un enregistrement de The Coral. Un bon lieu, un bon groupe, un bon instrument et… un bon producer. Mais qu’est-ce que producer ? Pour Chris la part psychologique qu’il doit détenir joue autant que ses compétences techniques. Il faut être diplomate, écouter le groupe en amont, deviner qui est le vrai lead, faire des propositions d’arrangement, de réglages d’instruments. Il faut surtout ne jamais oublier qu’un groupe ce n’est pas des individualités mais bien l’addition de personnalités qui se complètent humainement mais aussi en « fréquences ». Une chose est sûre, l’enregistrement que le groupe de stagiaires va réaliser la semaine prochaine sera des plus instructifs dans l’application concrète de cette intervention.

17 octobre (suite)

Ian Prowses est un chanteur très populaire à Liverpool et en Irlande. Ami et co-compositeur d’Elvis Costello, détenteur de 2 masters dont l’un spécialisé dans la culture irlandaise, il est un trait d’union qui compte entre les deux pays. Cette matinée, des plus émouvantes quant au relief que Ian a apporté. Ian, ému et un peu sonné de son concert de la veille, revient sur l’histoire de Liverpool et en particulier sur l’arrivée des 500 000 Irlandais qui ont fui la famine et les maladies à la fin du 19e sciècle. Quand vous jouez du rock à Liverpool, cette très forte influence de la culture semble marquer, de nos jours encore, toutes les générations. Liverpool est aussi un port, un lieu de passage, d’escale qui a favorisé un brassage culturel. Ian alterne exposés et chansons. On passe des Beatles à une chanson d’un prisonnier politique irlandais, de la haine de Margaret Thatcher à la culpabilité de la traite négrière. Les chansons de Ian sont maintenant au Musée de Liverpool car elles font partie du patrimoine, au côté de groupes des années 60 à nos jours. La matinée est crescendo et tout le monde a commencé à sentir une forte émotion, et la détresse de milliers de migrants. Un fossé s’est créé entre l’Angleterre et Liverpool qui se sent plus irlandaise qu’anglaise. Beaucoup d’émotion donc, et des stagiaires qui réalisent à quel point leur vision de ce stage était peut-être réductrice en ayant des attentes uniquement musicales ou techniques. La musique nait d’une succession d’emprunte historique et émotive et la sortir de ce contexte n’est que nier sa part d’humanité. Le groupe a fini par jouer avec Ian Prowse une de ses chansons relative à l’histoire de Liverpool en vu de l’enregistrer dans un des plus prestigieux studio d’Angleterre : le Motor Museum (Arctic Monkeys, Foals…). L’après-midi se termine par la visite des différents sites qui témoignent de l’influence irlandaise (avec une approche originale : partir des lieux cités dans des chansons). Le soir continue dans les clubs et notamment le Lomax qui a vu passer Radiohead, Oasis, et où nous pouvons écouter une succession de songwriters. Le public : un mélange surprenant de générations.

18 octobre

Nous avons RDV avec Alistair Groves ce matin. Jeune producteur d’à peine 30 ans, « Al » a déjà une bonne expérience de la conduite d’album au Motor Museum. Ce studio a vu passer les Artics Monkeys, Foals quand Mike Crossey transmettait à Al son savoir-faire. Maintenant, Mike fait le tour du monde des studios pour réaliser des sessions avec des célébrités, pendant que Al enregistre les groupes de demain. Al nous conte le montage de son 1er studio en mettant en avant sa volonté d’être un entrepreneur mais sans un sous. Do It Yourself ! Peu à l’aise pour parler de lui, il incite les stagiaires à jouer le morceau de Ian Prowses. Suivent des conseils d’arrangement et d’interprétation. Al prend le groupe dans son ensemble, puis 3 musiciens à part, et le batteur. Tout se fait par petites touches, pour travailler la musique, mais surtout pour sentir les leaders, les suiveurs… En vu d’enregistrer la semaine d’après. Encore une fois : tout est affaire de psychologie… L’après-midi, nous la passons au Lipa, qui a été créée en collaboration avec Paul McCartney, où nous assistons à une master class du réalisateur/producteur Clive Langer. Clive c’est Elvis Costello et Robert Wyatt, David Bowie, Madness, Dixie Midnight Runner, Morisset, etc. Grand bonhomme qui a vu passer nombres de tubes entre ses mains, il décrit sa carrière avec des vidéos, humour et modestie. Martin, coordinateur pédagogique du département musique, nous fait visiter l’énorme école. Vous avez aimé la série Fame, vous adorerez le Lipa. Innombrables studios de répétition, d’enregistrement, salles de pré-production, un amphithéâtre, des salles de danse, théâtre, bibliothèque… L’ancien Lycée de Paul, John et Georges a été entièrement réhabilité et étendu pour accueillir des centaines d’artistes et techniciens qui viennent du monde entier. Nous assistons d’ailleurs à des répétitions et un concert d’élèves. Le niveau musical est élevé. Ici l’exigence est le mot d’ordre. La technicité, l’interprétation, le sens du spectacle sont au rendez-vous.

19 octobre

Jennifer John est une chanteuse noire londonienne exilée à Liverpool depuis quelques années. Son charisme, son humour et sa rigueur ont impressionné les français. Ce qui devait être un exposé en parti théorique de l’influence de le black music sur le pop rock, a été une application concrète dans les morceaux à préparer pour les studios. L’intervenante ne lâche rien : justesse, harmonie. La journée de travail est éprouvante, physiquement et psychologiquement. Jen fait danser les stagiaires, improviser, s’exposer… Ce n’est qu’à la fin, qu’en réponse à nos questions, que nous découvrons que derrière l’humanité et le savoir-faire de Jenn, se cache une coach vocal et chanteuse qui a côtoyé les plus grands (Elton John, McCartney, Gorillaz, Yoko Ono, Suzie and The Banchees…), tout en développant une chorale sur Liverpool ouverte à tous. Après la journée, nous nous transformerons en oiseaux de nuit dans les clubs de Liverpool en passant écouter notamment les talentueux musiciens qui participent au festival irlandais. Du haut niveau… dans un environnement nocturne surréaliste !

Après cette phase autour de l’arrangement et de l’artistique, le stage se poursuit par une approche de la direction artistique avec des techniciens hors pair…

Pour aller plus loin

Une sélection d’ouvrages autour de la pop et de l’arrangement musical proposée par Sandrine Martin, chargée du fonds documentaire de Trempolino. Ces ouvrages sont disponibles en consultation au centre information-ressources de Trempolino.

britpulpBRIT PULP – La britpop selon Pulp, de Thatcher à Blair par Jean-Marie Pottier
Tour à tour récit biographique, chronique historique et analyse musicale, ce livre dissèque vingt-cinq années de la pop de Sa Gracieuse Majesté, ses gros titres et ses marges, sa politique et ses polémiques, ses génies et ses groupies.

prisedesonDICTIONNAIRE DE LA MUSIQUE ET DE LA PRISE DE SON – français-anglais/anglais-français par Bernard Guiraud
Outil de communication pour les professionnels de la musique circulant à l’étranger (qu’ils « appartiennent » à l’artistique, la technique, la production, l’enseignement) et pour de simples mélomanes.

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Mémoires de l’ingénieur du son aux Studios d’Abbey Road, qui relate les innovations musicales et expérimentations sonores d’où résultèrent les meilleurs disques des Beatles.

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