Life report

The Blind Suns, au grand jour

Illustration de l'article « The Blind Suns, au grand jour ». © Fred Lombard/Indiemusic. © Fred Lombard/Indiemusic

Après la sortie du 2e album, une tournée intercontinentale, du travail, du travail, et encore du travail, voilà une fin d’année brillante pour The Blind Suns qui fêtera ses quatre ans aux Trans Musicales de Rennes. Rencontre avec Dorota et Romain, le noyau dur d’un groupe qui a la foi.

— par Cécile Arnoux

Comment expliquez-vous tout ce qui se passe pour vous aujourd’hui ?
Dorota : On a tout simplement beaucoup travaillé. Il faut dire qu’on fait de la musique ensemble depuis plus de 10 ans. On est partis de rien, sans trop de réseau, on a construit ce réseau petit à petit, avec beaucoup de motivation, d’envie, de sacrifices personnels aussi. Quand on fait de la musique, il faut s’accrocher pour traverser les obstacles, et puis, on apprend en faisant.
Romain : On a un peu ramé au début. On est arrivés sur Angers sans connaître grand monde, les choses ont pris du temps, les rencontres se sont faites progressivement. Je crois que les professionnels attendent d’un groupe de la persévérance et du travail, je l’observe et je le vis directement via ma casquette de label puisque je gère le label Wild Valley. Il faut pouvoir s’entourer de partenaires, labels, tourneurs, etc.

Qu’est-ce qui selon vous fait la force des Blind Suns ?
R : Pour moi, la force que nous avons est incarnée par Dorota qui vit dans un pays, en l’occurrence la France, où elle n’est pas née. Elle est arrivée de Pologne à l’âge de 18 ans, et pour moi, ça donne une force au groupe, on a des envies d’international, ça nous pousse à aller chercher au-delà de la France.
D : Je dirais aussi le travail, notre envie permanente de progresser et de partager avec les gens, rencontrer ces gens.

On parle de Jesus and Mary Chain, Mazzy Star et Dick Dale comme références, est-ce que vous les assumez, ce sont des groupes que vous écoutiez ou écoutez ?
D : Ce sont les trois styles un peu différents qui composent notre musique. Dick Dale et le côté surf, Mazzy Star pour le côté planant, et Jesus and Mary Chain pour le côté pop et noisy.
R : Ce sont des groupes qu’on écoutait avant d’en faire des références directes. Et puis, il y a un groupe majeur qui nous a inspiré beaucoup au début : The Raveonettes.

À propos de références, votre univers à la fois musical mais aussi graphique (si l’on en juge votre dernier clip) est très américain. C’est un pays qui vous fascine ? Pour quelles raisons ?
D : On est beaucoup plus inspirés par des groupes anglophones que francophones, c’est une évidence. Ensuite, on est grands fans des films de Tarantino, de Carpenter, et ça se voit dans nos images. Enfin, nos tournées aux États-Unis nous ont énormément enrichis musicalement et graphiquement. Et puis, je dois dire que la Pologne a une fascination pour les États-Unis depuis la chute du communisme, et j’ai grandi dans cet environnement, cette « fascination ».

Dorota tu es Polonaise, quel regard portes-tu sur la musique en France, sur la musique en Pologne, sur le fait de tourner à l’étranger ? Tu te sens internationale ?
D : Je me sens plus française que polonaise car j’ai construit ma vie d’adulte ici, je suis arrivée en France j’avais 19 ans. Après, j’adore voyager, je suis comme une enfant qui absorbe ce qui m’entoure, je me sens complètement internationale, j’aimerais que le monde aille mieux aujourd’hui. J’aimerais qu’il n’y ait pas toutes ces fermetures, et je pense notamment à la Pologne aujourd’hui qui depuis deux ans se referme, et je croise les doigts pour que la France tienne le coup.

Une fille, deux garçons, ce format (que l’on retrouve par exemple chez Blonde Redhead) a-t-il des atouts, et si oui lesquels ?
D : En fait, nous sommes un duo, nous composons à deux. Sur scène, The Blind Suns est un trio, mais le noyau c’est nous deux.
R : On est vraiment un duo mais on ne s’empêche pas d’avoir un quatrième musicien, on l’a déjà expérimenté en Italie récemment avec un copain à la basse/clavier. Ça n’est pas un format fixe dans sa version live, on pourrait même imaginer une version duo.
D : Sur la route, nous sommes cinq avec les techniciens. Alors, effectivement, je suis entourée de garçons mais ça se passe super bien, je suis soutenue.
R : C’est l’occasion pour moi de relever le machisme qui existe dans ce milieu, c’est incroyable, insupportable. J’ai croisé des gars qui ne veulent pas jouer avec des filles, c’est vraiment dingue. Et puis, je sais qu’il y a des pays où c’est très compliqué de tourner avec une fille dans le groupe, en Inde par exemple où le statut de le femme est extrêmement complexe. À la fois, ça nous donne une force aussi.

Parlez-nous de cette sacrée tournée automnale qui vous a fait transiter par l’Asie, l’Italie, la Suisse, quels meilleurs souvenirs, quels pires cauchemars, quelles grandes surprises ?
D : J’ai été très surprise par notre accueil en Suisse, j’ai adoré le public, les organisateurs, des gens très amicaux.
R : Effectivement la Suisse, et puis la tournée en Italie qui nous a permis de rencontrer notre agent italien dont on est fans absolus. On travaille ensemble depuis pas mal de temps, via internet mais on ne s’était jamais rencontrés. Alors, lorsqu’il est venu à l’un de nos concerts en Italie, on avait une adrénaline incroyable, et en fait, quand on l’a rencontré, on avait l’impression de le connaître depuis toujours.

Vous portez à côté le label Wild Valley, pourquoi n’avez-vous pas signé sur votre propre label ?
D : Justement parce que c’est nous. On avait envie de détacher ça de notre label.
R : Je crois que The Blind Suns ne colle pas complètement à la ligne artistique du label. Mais surtout, je porte le label un peu tout seul, je n’ai pas beaucoup de temps à y consacrer ces temps-ci. J’ai besoin de me concentrer sur le groupe et déléguer un peu le reste à des gens en qui j’ai toute confiance, en l’occurrence Deaf Records. Je connaissais déjà le label, on travaille ensemble sur des échanges de plans par exemple, et on est vraiment déjà dans une logique de collaboration.

Vous avez récemment travaillé en résidence avec le chorégraphe David Rolland. Qu’avez-vous tiré de cette expérience, et avez-vous des accointances avec le monde de la danse ?
D : Très belle rencontre ! Trempo nous a proposé un accompagnement et nous avons choisi de travailler sur l’occupation de l’espace. Nous avions besoin d’un regard extérieur, de quelqu’un d’expérimenté. J’étais un peu sceptique au début car on ne connaissait pas du tout David, et lui ne nous connaissait pas du tout, ne nous avait jamais vu sur scène. Finalement, ça s’est super bien passé, car il a tout de suite compris notre univers, il a apporté une aide sur comment occuper l’espace sur scène, et il a peaufiné ce que l’on avait déjà travaillé de notre côté.
R : Il a passé énormément de temps à aller écouter notre musique sur internet, nos vidéos, à aller écouter des groupes dont on se sent proches, il a creusé notre univers et l’a donc compris. Il a optimisé notre démarche, nous a rassuré sur des choix. On a rencontré quelqu’un qu’on adore vraiment. Le soir du dernier jour de résidence on jouait à Supersonic à Paris, il nous envoyé un SMS pour nous demander comment s’était passé le concert. On sent quelqu’un d’investi qui a cœur de bien faire, et qui s’intéresse aux gens et leurs univers artistique.

Qu’est-ce qui vous branche le plus à l’idée de jouer aux Trans ?
D : On connaît les Trans en tant que public mais aussi comme pro en représentant le label Wild Valley pour rencontrer des gens et voir des concerts. Évidemment, cette édition est différente, excitante. On s’y prépare autrement, davantage.
R : J’y ai déjà joué avec Eagles Gift, je suis donc un peu préparé. On en attend beaucoup, surtout des concerts car notre entourage est déjà construit. Des concerts sur des festivals l’été prochain et l’automne.

The Blind Suns, Trans Musicales de Rennes, L’Étage/Le Liberté, jeudi 6 déc. 2018, 18h20, gratuit.

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