Life report

Toma Sidibé, à la source de l’inspiration

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Toma Sidibé naît en Côte d’Ivoire, grandit en Picardie, retourne une première fois en Afrique de l’Ouest à l’âge de 17 ans, et y retourne très régulièrement. Il nous parle de cette fabuleuse aventure vécue en janvier dernier dans le cadre de notre formation musiques amplifiées d’Afrique de l’Ouest à Korhogo.

— par Cécile Arnoux

Dans quel contexte artistique t’es-tu inscrit sur ce stage et quelle étaient tes attentes ?
En fait, il s’agit du tout premier stage conventionné Afdas pour moi, alors que je bénéficie du statut d’intermittent depuis 20 ans. Mon épouse, comédienne, s’est inscrite sur un stage autre stage Afdas, et c’est finalement par elle que je me suis intéressé aux différentes formations proposées. J’avais prévu de faire un stage MAO en ce début d’année, et entre temps, à l’occasion d’un concert en Picardie, je retrouve un ami qui m’annonce qu’il part faire une formation à Korhogo. J’ai halluciné, j’ai tout de suite eu envie d’y aller, et j’étais dispo sur cette période. Artistiquement, je me suis dit que ça allait m’apporter des choses, moi qui suis multi-instrumentiste. Je suis aussi chanteur, mais je n’ai jamais travaillé la technique. J’ai eu la place du chanteur au sein du groupe de stagiaires, c’est dire si la formation tombait à point nommé. J’allais travailler le chant, chanter en bambara (ça je savais faire), mais surtout chanter dans d’autres langues d’Afrique de l’Ouest que je ne parle pas. J’y suis allé un peu sans savoir, sans l’avoir trop préparé, et tout a été une succession de bonnes surprises.

Le fait d’être né en Côte d’Ivoire t’a amené à faire du lien ?
Oui, sans m’en rendre compte tout de suite. J’avais déjà joué à l’Institut Français de Korhogo en 2016, je me retrouve avec des intervenants maliens que je connaissais (NDLR – la formation avait eu lieu originellement au Mali, mais a été déplacée en Côte d’Ivoire pour des raisons de sécurité), je me suis dit que tout cela avait du sens, j’étais à ma place, il se passait quelque chose de fort. En toute modestie, je vais en Côte d’Ivoire comme je vais à Paris, j’y suis né, je garde des liens forts, des liens d’amitié, des liens musicaux. Ça m’a fait un peu bizarre à la finale, et très vite, les stagiaires français me posaient des questions tout en restant à ma place. Et puis, dans des situations officielles assez traditionnelles, j’ai pris la parole parlant bambara, je me suis retrouvé un peu l’ambassadeur, le représentant, c’était drôle. Avec les Maliens, je pouvais comprendre leurs méthodes, leurs intentions que je pouvais expliquer aux autres.

Pour toi, qu’est-ce que la formation apporte aux intervenants maliens ?
Je pense que ça leur apporte beaucoup de fierté, ils transmettent leur patrimoine musical traditionnel avec beaucoup de bonheur, je l’ai ressenti. Ils sont d’autant plus heureux quand ça marche, c’est une valorisation de leur musique et leur manière de transmettre, sachant qu’ils naviguent toujours entre exigence et humour, c’est une caractéristique des musiciens africains. Leur méthode est basée sur l’écoute et sur la reproduction. Tu écoutes, tu écoutes, tu écoutes, puis tu joues, tu joues, tu joues. Et à un moment, le musicien africain nous dit  » là c’est bon », sans vraiment expliquer. Il y a le feeling, l’écoute, l’énergie.

Qu’est-ce qui singularise pour toi la musique malienne ?
Ce qui est fort dans cette musique, c’est que chaque chanson a une histoire particulière, porte du symbole. Il y a un fort lien avec la tradition orale, la tradition des griots, certains textes et mélodies existent depuis des siècles, il y a un engagement, une responsabilité de transmission pour les musiciens. La musique n’étant pas écrite, il faut transmettre la musique le mieux possible. Pour en revenir à la musique malienne, elle est assez mystique, les textes sont souvent métaphoriques et chaque musicien peut avoir une interprétation différente. Mais il y a tellement d’ethnies différentes au Mali qu’il y a beaucoup de musiques elles aussi différentes : la musique senoufo, la musique touareg, la musique mandingue. Et je rajouterai que la musique malienne a une place prépondérante dans la société. Il n’y a pas un mariage, un baptême, une circoncision sans musique, chaque type de musique et le rythme qui la caractérise se joue dans une situation particulière. La musique malienne se caractérise par son aspect vivant dans la vie sociale, et qu’elle est riche et diversifiée. C’est un véritable puits d’inspiration.

Comment reviens-tu de cette formation ? Avec des idées nouvelles, des envies de changement ?
Je reviens plein de belles énergies, je me suis senti super bien. Je pense que le stage allie vraiment exigence artistique et immersion dans la vie africaine, ses traditions, sa place de la famille, tout ça en étant accompagné du début à la fin dans un truc qui roule, c’est vraiment plaisant et ça booste. Après, personnellement, je crois que je « digère » les apports artistiques assez lentement, et qu’ils ressortent à un moment ou à un autre. J’ai particulièrement aimé les orchestrations, les intros, les breaks d’ensemble, et je pense que je vais possiblement orienter mon propre répertoire en tenant compte un peu de ça.

Toi qui joues beaucoup en solo, est-ce que cette aventure collective pourrait te donner des idées de jouer avec d’autres ?
Je joue aussi en groupe, en parallèle, donc je le vis déjà. Mais par contre, cela faisait très longtemps que je n’avais pas joué avec un clavier.  Sur le stage, vu qu’il n’y avait pas cuivre, le clavieriste occupait une place importante. Il m’a clairement donné envie de travailler avec un clavier. J’ai aussi beaucoup aimé les complémentarités entre batterie et percussions, et j’ai bien envie de creuser ça. Et vu que je repars en Afrique en mai prochain pour quelques concerts, j’ai aussi très envie d’inviter les musiciens maliens.

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