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Vagina Town : rock base ketchup aux Trans Musicales de Rennes

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11 Love Songs, le premier album de Vagina Town est l’une des bonnes claques rock de la rentrée. De quoi donner envie de taper la discute avec Jérémie, fervent partisan de la Loi Travail et grand amateur de gastronomie serbe – et accessoirement chanteur et guitariste du groupe nantais.
Photo : Éric Gueguen.

Vagina Town est accompagné par Trempolino dans le cadre de 360, son dispositif d’insertion professionnelle de musiciens en Région des Pays de la Loire.

Cet album est attendu depuis un moment. Ça a été le parcours du combattant pour l’enregistrer ?
Non, mais je sais pas s’il était très attendu… À part par deux-trois cinglés alcooliques peut-être. Non, ça a été assez simple… Enfin ça a été long, et pas mal de taf, mais pas de galère majeure ou de pétage de plombs, peut-être un peu plus pendant qu’on le préparait, avant l’enregistrement, mais bon, c’était le but… On avait essayé de prévoir notre coup autant que possible, et sur le moment ça s’est fait sans s’arracher les cheveux… Considérant que les enregistrements cristallisent souvent l’impensé et ce qui d’habitude passe à l’énergie ou ce qui est caché sous le tapis, on peut dire que ça a été tranquille. Beaucoup de groupes ont du mal à se remettre des tensions et remises en question qui ont résulté de ce moment qui n’est pas du tout anodin. En fait je pense que, comme pour tout, plus tu t’habitues à t’enregistrer, t’écouter, te critiquer, t’améliorer, plus tu te donnes de chances d’aborder ces moments d’enregistrement sereinement, sans être tétanisé par « l’enjeu »… Ce qui est d’autant plus con qu’il n’y a pas vraiment d’enjeu, vu que tout le monde s’en branle et que ça se passe dans ta tête…

Vagina Town a commencé en duo guitare/basse/boîte à rythmes. Depuis un batteur et une claviériste sont arrivés. Vous comptez finir en brass band ?
À fond ! Et d’ailleurs, grâce à la Loi Travail, on pourra garder 50 mecs pendant deux ans avant de les virer comme des merdes, sans les payer, et avec un pied au derche’… Et oui, c’est ça les conventions collectives du merveilleux monde de la musique ! D’ailleurs sur le disque y a déjà Tom Bodlin qui fait du sax et Nico de Seal of Quality qui joue de la batterie (sur Hvala) … Et qu’est ce qu’ils y gagnent ? Bah rien, je te le dis, moi…

Le Vagina des débuts sonnait très Cramps. Alors que ce qui frappe sur ce premier LP, c’est que vous touchez à la pop, à la country, au funk… Comment s’est faite l’évolution ?
Wof, je sais pas si ça sonnait si Cramps que ça…  Je trouve pas ça franchement flagrant. Disons qu’il y a le côté guitare fuzz et delay voix, et aussi certaines thématiques. Ça a clairement été une influence, mais plutôt sur la manière de faire, d’appréhender un groupe, la façon de mélanger des trucs, que sur un son « Cramps » à proprement parler. En tous cas on écoute pas mal de choses qui ressortent ici et là… qu’on mélange volontairement ou pas. Recyclage. Faire du neuf avec du vieux, du vieux neuf façon neuf vieux. On pense jamais en termes de « nouveauté » car cela n’a pas grand sens en musique, ni ailleurs d’ailleurs… Par exemple, depuis ce matin c’est le triage, parcage de migrants… Ça rappelle des trucs… Les petits épiciers collabos qui sommeillent en chaque Français se réveillent et poussent toujours un peu plus loin la bêtise et l’égoïsme revendiqués, se déculpabilisent ou assument leur néo-nazisme en toute simplicité (mais ils chialent et sont « pris en otages » quand leur bus arrive en retard)… Ce qui n’est pas très nouveau non plus… Euh je m’égare, désolé j’ai fait l’erreur d’aller sur Facebook avant de répondre à tes questions donc spontanément je te revomis dessus toute la merde que j’ai avalée en 5 minutes… Désolé, je vais nettoyer.

Vagina est réputé pour ses concerts bouillants et l’album sonne très live. L’idée c’était de restituer l’énergie de la scène sur disque ?
Bah un petit peu, au sens où on enregistre toujours les morceaux live, c’est à dire que tout le monde joue en même temps (contrairement à la méthode dite « overdub », où chacun enregistre sa partie à son tour). Mais on a aussi rajouté pas mal de petits trucs a posteriori et on s’est lancés dans des morceaux qu’on ne pourrait pas ou ne voudrait pas faire en live. Le coté « pop » par exemple est vachement moins présent sur scène, je pense. Et puis personnellement, j’aime bien quand y a pleins de petits trucs dans un album, des déclinaisons, des zigouigouis. Après on a pu faire ça grâce à la patience et à l’inventivité de notre pote Meriadeg Orgebin qui a enregistré et mixé ce disque (ainsi que tous les autres d’ailleurs). C’est la cinquième « vaginette », pour les disques en tous cas.

Un des morceaux de ce 11 Love Songs s’appelle Hvala (« merci » en slave). J’imagine que c’est un clin d’oeil à votre tournée dans les pays de l’Est. Une petite anecdote qui te vient à l’esprit ?
Oui, c’était en juin 2015. On s’est bien marrés ! Des routes assez approximative en Serbie, des fois tu flippes ! Des gens carrément accueillants… C’est dur de faire ça en version short… On a fait un petit « fanzine » avec Gwen Blosse, les gars de Pan! et aussi d’autres copains, qui retrace de manière illustrée et assez nébuleuse ce petit périple… Alors une anecdote : au début, quand on te présente de la pizza avec une base ketchup, tu te dis : « putain, hard ! » et puis on s’habitue et on devient vite accro… Et on se dit « ouais c’est trop stylé le manger là !!! ». D’aucuns diront que la consommation excessive aurait des conséquences néfastes sur nos capacités expressives et cognitives. Mais la vérité franchement c’est qu’en fait c’est des trucs des francs-maçons trop chelous des illuminatis satanistes qui dirigent trop internet en vrai, et  à ‘ment donné la vérité les gens y croivent n’importe quoi… Nan ? Euh… tout ça pour dire qu’on a été assez marqués par cette tournée.

Je crois me souvenir t’entendre dire qu’avoir un groupe aujourd’hui c’était passer le plus clair de son temps à envoyer des mails. Tu confirmes ?
Non, je dirais qu’au jour d’aujourd’hui l’important c’est de bien rester concentré, de prendre les concerts les uns après les autres, de garder les pieds sur terre et de s’entraider dans l’intérêt du groupe… Sinon, pour les mails je suis un vieux con (depuis mes 17 ans) donc d’une ça me fait chier de passer ma vie sur internet au lieu de faire de la musique (surtout pour booker des concerts etc… c’est chronophage, t’imagines même pas…), et de deux je râle assez spontanément (mais j’essaie de me soigner), donc faut pas faire attention, tu dis « oui,oui papy », et puis ça passe, mais… c’est vrai que de mon temps… les jeunes étaient pas si vieux qu’aujourd’hui.

La question follement originale pour finir : dernière claque sur disque et en concert ?
Écoute, t’es le premier à me la poser donc bravo à tes collègues pour leur manque d’imagination… Disques : Mac DeMarco, The Paperheads, Romain Marsault, Lee Moses, Nursery, JC Satan… Concerts : Derinëgolem, Braziliers, Ali Danel, Les Agamemnonz, Seal of Quality, Inifinite Summer, Pyjamarama…

• Vagina Town, concert pour la Tournée des Trans à Stereolux jeudi 17 novembre à 20h30 ; aux Trans Musicales de Rennes à L’Étage jeudi 1er décembre 16h.

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