Life report

Wassa Sainte Nébuleuse : patronne des voix

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Voilà deux ans naissait Wassa Sainte Nébuleuse. À l’origine de ce quintet : Nanih, auteuse/compositrice, chanteuse, danseuse, rêveuse. Il ne lui aura pas fallu longtemps pour monter un groupe, pour asseoir des compositions déjà mûries, pour faire des concerts et un disque. Mêm si rien n’est fait dans l’urgence, ce groupe poursuit son ascension fulgurante. Demain, jeudi 31 mars, cette sortie de disque sera fêtée à Trempolino (où le groupe répète). Rencontre avec Nanih.

Comment est née Wassa Sainte Nébuleuse ?
Je suis danseuse à l’origine, j’ai travaillé plusieurs année dans la compagnie D’icidence ou j’y ai pratiqué la danse africaine, les percussions corporelles, le tambours, le chant, le théâtre corporel. À travers cette aventure pluridisciplinaire, j’ai découvert le rapport que j’avais avec la musique, la voix et le travail polyphonique. Je me suis mise à écrire, des choses assez floues, des morceaux qui pouvaient faire vingt minutes, des trucs pas structurés, j’avais l’impression de nager dans un flot mélodique, dans une nébuleuse ! Ce travail restait très confidentiel, j’enregistrais souvent la nuit sur un multipistes. J’ai par la suite été auditionnée pour chanter dans Orange Blossom. J’ai été retenue. Nous avons beaucoup travaillé, mais je me suis rendue compte que je ne collais pas au projet. Tout ceci n’a pas été vain puisque j’ai acquis des compétences. Je me suis alors remise sur mon propre travail, et j’ai cherché des musiciens.

Comment as-tu monté l’instrumentarium ?
J’avais une idée précise de ce que je voulais. De la harpe pour ne pas mettre de la kora et être moins proche de la musique traditionnelle tout en gardant un truc cristallin. Le violoncelle est un instrument que je vénère… et beaucoup de percussions ! Car c’est par là que tout a commencé. C’est mon amour immodéré pour la musique mandingue qui m’a porté jusque là. Et puis, je voulais une voix supplémentaire, la voix est l’ossature de Wassa.

Il se trouve qu’il y a qautre filles et deux garçons, qu’est-ce que cela apporte et y-a-t-il des aspects « négatifs » ?
Aucun aspect négatif si ce n’est qu’on parle beeeeeeaucoup trop et qu’on a besoin de beeeeeeeaucoup de temps pour se préparer avant un concert (rires). Non, en fait, je suis contente d’avoir des musiciennes autour de moi, il y a un hommage à la femme dans le nom du projet qui renvoie à une figure féminine. Je crois qu’on est appliquée en tant que fille, qu’il y a une sensibilité, une délicatesse. Mais, très honnêtement, dans le groupe, on s’en fout un peu.

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Pour ce qui est du son, vous avez une approche assez acoustique finalement ?
Oui, bien entendu, les instruments amènent cela. Nous utilisions aux débuts beaucoup l’ordinateur car nous n’avions pas de bassiste. Au bout d’un moment, cela a posé des problèmes aux musiciens. Ils ont donc fait le choix d’utiliser plutôt des pédales pour détourner leur instruments afin d’amplifier les basses naturelles des instruments. Une résidence avec Michel Bonhoure, notre sonorisateur au Champilambart nous a permis de bien mettre en place tout ça. C’est très dur de définir ce qui singularise la musique que l’on fait. Je me pose la question tous les jours. On essaie d’équilibrer les énergies entre un univers de chansons intimes et des moments ou la musique est comme « scandé » pour devenir profonde et puissante. On peux utiliser des codes de la musique mandingue comme on peut utiliser des codes du trip hop mais ils se diluent dans une identité plus large .

Ce disque cinq titres est un aboutissement ? Comment s’est passée sa réalisation ?
Il y a effectivement cinq morceaux. Au début, l’idée était d’enregistrer pour avoir un support de communication et de démarchage. J’ai choisi de travaillé avec Carlos Robles Arenas qui a donc réalisé ce disque, et nous avons fait les prises au studio Arpèges d’Eric Chauvière, autant dire des conditions plus plus. À l’époque, pas de tourneur, pas de label, pas d’entourage. Je me suis dit que j’allais en faire 300 exemplaires pour les amis, la famille et quelques inconnus. Finalement, entre temps, j’ai rencontré l’équipe de Pypo Production, nous avons intégré le catalogue, on a donc pu mettre le curseur un peu plus haut. Le disque est signé sur Y.O.W. Records. Pour en revenir à la réalisation, Carlos a fait des différentes propositions sur les compositions, il a fait appel à Gilles Gras pour les arrangements du quatuor de cordes, et à Fatoma Dembelé pour les arrangements percussions. À un moment, j’ai assez mal vécu le fait de fixer quelque chose de définitif, comme si mon histoire avec ces cinq chansons s’arrêtait du fait de les fixer sur un disque. Heureusement, il y a les concerts pour les faire vivre différemment. Si l’on me demande, tu préfères ça ou ça, je réponds presque toujours les deux, je suis une éternelle indécise, vraiment. Mais j’apprends, j’avance. Pour le prochain disque, je souhaiterais « maturer » plus longuement mes propres choix et de savoir plus précisément ce que je veux.

C’est ton projet à toi ce groupe finalement ?
En effet, c’est mon projet et même sans les musiciens. Si je me produis seule sur scène, ce sera toujours « Wassa Sainte Nébuleuse ». Je compose seule sur un logiciel avec des instruments virtuels que je fais entendre par la suite aux musiciens. J’essaie de laisser les musiciens donner leur avis et c’est top car ils ont un recul que moi je n’ai pas. Ils peuvent enrichir le morceau et ils amènent des corrections et heureusement car apparemment je fais pleins de trucs bancales et bizarroïdes (rires). Moi, mon unique instrument est la voix. Je raconte mes histoires, je parle de ma vie… J’ai grandi en Bretagne, dans le Golfe du Morbihan avec ce crachin breton. Une fois dans la maison, plus de crachin mais la voix ensoleillé de Youssou N’Dour ou de Oumou Sangare… Sur ce disque, c’est la notion de lien qui revient sans cesse, car ma mémoire est pleine de musique ! Mémoire familiale, mémoire des lieux, tout se qui qui fait le cocon des souvenirs. Les chansons parlent aussi de l’exil et du destin de ceux qui quittent leur terre, ça fait terriblement écho en ce moment… Et pourtant ! C’est de là que naissent les plus beaux échanges humains, ce sont tous ces destins croisés, fait de migrations heureuses et malheureuses qui provoquent le mélange et qui réveillent l’esprit de chacun.

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Pour en revenir au disque, peux-tu me parler du visuel de la pochette ?
Sur internet, j’ai parcouru beaucoup de sites de peintres et d’artistes en tout genre. Je suis tombée sur le site d’un peintre, Willy Liberal Bâ. Son œuvre m’a énormément touchée. Je lui ai envoyé ma musique et lui aussi a été touché, il m’a donc permis de choisir un tableau qui serait le visuel de l’EP. Le tableau représente deux femmes, l’une est replié sur elle même, et l’ autre, au contraire, déploie son corps avec détermination. Il y a plusieurs lectures possibles : l’une est dans l’intériorisation et l’autre est dans l’extériorisation, l’une est dans la douceur de l’inspiration quand l’autre est dans la marche concrète de la réalisation des choses. L’une se souvient et l’autre porte un projet à venir, elle est enceinte et elle tourne clairement le dos au passé. L’une est peut-être soumise, quand l’autre est prête à se battre. Ce que j’aime aussi beaucoup c’est l’image qui est imprimé sur le CD, c’est ce même personnage dans une posture foetale flottant dans une nébuleuse pleine de bulles… J’espère pouvoir emprunter toutes mes pochettes de disques à Willy Bâ et surtout lui faire une commande !

Vous avez d’autres dates à venir ?
Nous serons en concert le samedi 21 mai au Jardin des Plantes à Nantes. On sera à droite à gauche dans les cafés nantais cet été. Pypo Production travaille sur la saison 2016/2017, il devrait donc y avoir des dates à compter d’octobre.

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