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Série-concert : Malcolm mis en musique par des collégiens

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Une classe de Troisième du Collège Chantenay a découvert la MAO (musique assistée par ordinateur) en travaillant sur une série-concert avec le groupe Fragments. Les élèves présenteront le fruit de leur travail le 21 mai sur la scène de Trempo.

— par Sylvain Chantal

L’ambiance est studieuse dans la salle de MAO située au cinquième étage de Trempo. Répartis en groupes de deux ou trois, les 29 élèves de la Troisième 3 du Collège Chantenay écoutent sagement les consignes de Benjamin et Tom, membres de Fragments. Ce groupe de post-rock electronica, qui a monté un ciné-concert autour du film Fargo en 2018, transmet son expérience aux élèves pour les aider à créer leur propre série-concert. Avec ce projet, la Troisième 3 apprend à décrypter le langage musical d’un objet visuel et à le réinterpréter pour en questionner le sens. Le résultat sera restitué le 21 mai sur la scène de Trempo devant parents et professeurs. Une série qu’on sert sur un plateau, ce n’est pas courant et l’assistance est donc concentrée en ce vendredi 10 mai, pour la deuxième session de travail, sous le regard de Marie-Pierre, la professeur d’éducation musicale, et Marc, le professeur d’histoire-géographie. Quelques jours plus tôt, les collégiens ont visionné deux épisodes de Malcolm in the middle, série américaine popularisée notamment par Bryan Cranston, l’acteur principal de Breaking bad. Chaque binôme ou trinôme a eu ensuite pour mission d’illustrer musicalement une séquence tirée de ces épisodes.

Une forte adhésion au projet

« Nous avons commencé par leur montrer les fonctionnalités d’Ableton Live, racontent Benjamin et Tom. Personne ne connaissait ce logiciel, mais cela ne leur a pas posé de problèmes. C’est une génération hyper à l’aise avec la technologie. Ils sont très intuitifs. » À l’aide d’un match pad et d’un clavier reliés à l’ordinateur, chaque groupe compose ou, au contraire, laisse les dialogues et l’image prendre le pas sur la musique s’il le juge pertinent. « L’intérêt de la MAO, c’est que tu n’es pas obligé d’être musicien, ajoute Benjamin. Avec peu de choses, tu peux produire un résultat intéressant. » On s’approche de Noé et Antoine, deux apprentis “maoïstes”. L’un a déjà un peu pratiqué la batterie avec son père ; l’autre n’a jamais fait de musique. « Nous avons composé nos propres sons avec le clavier. Le logiciel est un peu compliqué, mais ça va. On s’en sort. » Même écho deux tables plus loin chez Zayd et Gildas, qui tendent naturellement leur casque pour qu’on écoute leurs premières trouvailles. Play, bouton jaune, puis rouge, puis vert. À voir leur aisance à manier l’outil, on leur demande s’ils le connaissaient avant l’atelier. « Non, on n’avait jamais fait de MAO, expliquent les deux adolescents. Il y a plein de particularités qu’on ne maîtrise pas. Mais une fois qu’on a compris où étaient les sons, on s’est débrouillés. On a d’abord écouté tous ceux qui se trouvaient dans la base de données, puis on a retenu ceux qui nous plaisaient et on a tout organisé sur une même ligne pour n’avoir qu’un seul bouton à appuyer. On s’entraîne à bien mettre les sons au bon moment et parfois on complète si on a une nouvelle idée. »  Tibo, “Té-i-bé-o”, et Lison présentent également leur casque pour qu’on teste leur travail. « On a bien aimé découvrir les sons, mais ce qu’on préfère c’est composer nos propres trucs. » Le professeur d’histoire-géographie qui a “abandonné” à sa collègue Marie-Pierre quelques heures de son cours pour que le projet voie le jour, est visiblement ravi. « À la base, c’est une classe sympa, mais là je les découvre autrement. Je suis notamment content de voir s’épanouir certains qui, en classe, sont en difficulté. Ils gagnent en confiance. À dire vrai, je ne pensais pas qu’ils seraient aussi investis. L’adhésion est assez forte. En plus, je vois un autre avantage à ce projet : Trempo fait partie de leur environnement direct, mais beaucoup n’étaient jamais entrés dans ce lieu alors qu’ils habitent à 500 mètres. Peut-être que certains y reviendront d’eux-mêmes… »

Ici, c’est un peu Noël

Ces ateliers, soutenus par le Conseil départemental de Loire-Atlantique, s’inscrivent dans le cadre du programme “Grandir avec la culture”. « Nous voulions monter un projet avec un collège et nous avons choisi pour l’encadrer un groupe issu du collectif Pyramids Record qui répète chez nous, détaille Raphaèle Pilorge, responsable de l’action culturelle à Trempo. Au départ, je tenais à ce que les élèves enregistrent eux-mêmes des sons, mais ils ont travaillé sur une base présélectionnée par les membres de Fragments pour qu’il y ait une harmonie entre les groupes. » Et Marie-Pierre, la professeur d’éducation musicale, de conclure : « Au collège, on n’a pas ça. Certains élèves n’ont même pas de connexion Internet chez eux. Alors ici, c’est un peu Noël… Cela fait quatre ans que j’enseigne à cette classe et j’essaie le plus possible de les sortir. En tout, l’atelier représente vingt heures. Il a fallu que j’en prenne certaines à mes collègues. En tout cas, je suis contente de ce que j’observe chez mes élèves. Le projet est très enrichissant et on sent monter la pression avec ce concert prévu devant les parents. » Précisons que cet événement n’est pas réservé au seul entourage des Troisième 3…

Plus d’infos sur le série-concert du 21 mai ici

 

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