Life report

Une chambre à soi

Illustration de l'article « Une chambre à soi ». © Greg Vaillant. © Greg Vaillant

À 20 ans, la précoce Elise Bourn quitte parfois sa chambre pour jouer dans trois groupes, suivre une formation à Trempo ou se produire sur la scène de Stereolux. Mais c’est dans son cocon qu’elle aime s’attarder pour peaufiner son premier album solo.

— par Sylvain Chantal

« Ce qui est bien quand tu es la plus jeune jeune, c’est que tu peux poser des questions sans passer pour une débile : tu as le droit d’être jeune et de ne rien savoir. » À 20 ans à peine sonnés, Elise Bourn décontenance par son naturel et sa lucidité. Autrice, compositrice et multi-instrumentiste, elle vient d’intégrer le collectif Øpéra et n’hésite pas à solliciter les conseils de ses têtes pensantes, les expérimentés Eva Ménard (lire aussi AvA : « jeunesse et féminitude ») et Grégoire Vaillant (Moongaï, AvA, Abraham Fogg). « Ils m’ont pris sous leurs ailes. L’aide que je pourrais rechercher auprès d’un label, je la trouve auprès d’eux car ils ont vécu plein de choses avant moi. Grâce à leur expérience, je peux avancer plus vite. » Avancer vite, la jeune artiste semble en avoir fait une spécialité. Son premier concert notamment, c’est à Stereolux qu’elle le donnera le 11 février prochain, en première partie d’Emily Jane White. On lui demande si elle en éprouve quelque appréhension. « Je stresse rarement, répond-elle avec un naturel déconcertant. En plus, les grosses scènes, tu ne vois pas les gens… »

« Ma chambre, c’est ma petite cave »

Née en Nouvelle-Zélande, Elise Bourn vit à Nantes depuis que ses missionnaires de parents s’y sont installés il y a une quinzaine d’années. Son pays d’origine, où elle ne retourne que tous les trois ans, son enfance « introvertie », sa passion pour la musique, Elise se raconte tranquillement au bar de Trempo. Un endroit qu’elle connaît bien car, en plus de fréquenter le R+4 où évolue le collectif Øpéra, elle y a suivi, de 2018 à 2019, le programme MuMA destiné aux musiciens qui souhaitent évoluer professionnellement, diversifier leurs activités et consolider leur carrière. « Je n’avais pas envie de continuer mes études après le bac. J’ai décidé de prendre une année sabbatique et passé tout ce temps à composer. Et j’ai découvert le MuMA par hasard… J’ai postulé le jour où les inscriptions fermaient. » Elise est sélectionnée et il lui faut alors quitter sa chambre, où elle confie passer la majeure partie de son temps. « Je vis chez ma mère. Ma chambre, c’est ma petite cave. J’ai mes micros, mon Mac et plein d’instruments qu’on m’a offerts. Ça a commencé par la batterie. Un ami de mes parents a toqué à ma porte un jour avec des cymbales sous la main en me disant qu’il avait quelque chose pour moi : c’était sa propre batterie. Puis on m’a donné une trompette, deux basses… Dès que quelqu’un ne voulait plus d’un instrument, il me le filait. Du coup, j’ai touché à tout. » Lors de la formation à Trempo, la musicienne apprend vite, là encore. « Je ne savais pas à quoi m’attendre. Je suis arrivée les mains dans les poches. Depuis le collège, je savais que j’avais avancé dans la musique, mais, travaillant uniquement par mes propres moyens, je n’arrivais plus à progresser dans ma pratique instrumentale. Là, j’ai appris de moi, découvert de quoi j’étais capable musicalement et, surtout, qu’il était possible de faire de la musique à un niveau professionnel. »

« Je pourrais écrire sur mon hamster »

La formation terminée, Elise Bourn a retrouvé le cocon maternel, où elle travaille actuellement sur son premier album. « J’ai presque fini les maquettes d’une douzaine de morceaux. Je ne me mets pas la pression. J’ai du temps cette année… »  On est surpris d’apprendre qu’elle écoutait peu de musique avant de se mettre à en composer elle-même. « Depuis que j’ai commencé cet album, j’en écoute davantage. C’était sans doute un peu de l’orgueil : j’avais envie de tout faire tout seule et de trouver “ma sauce”. Mais ça a ses limites. Obligatoirement tu as besoin d’écouter ce que font les autres pour rebondir. » Bercée tout de même aux disques que passaient ses parents à la maison (Norah Jones, Simon and Garfunkel…), elle avoue avoir été particulièrement marquée par Bobby McFerrin, qui lui a fait prendre conscience qu’on « pouvait tout faire par soi-même ». Pour écrire, Elise n’a ni ligne directrice ni méthode particulière. « Cela dépend vraiment du morceau. En général, une phrase me vient et je commence, souvent à la guitare ou au piano, sans savoir ce que ça va donner. Je pourrais écrire sur mon hamster… » Ah bon, elle a un hamster ? « Non », rigole-t-elle.

« Je propose, mais ce sont eux qui décident »

En plus de son projet personnel, Elise propose ses services de multi-instrumentiste à d’autres groupes. Elle joue en effet de la batterie au sein de The Traveling Lights, le groupe de Louis Durdek qu’elle a connu lors du MuMA, et de Night Birds, combo de Maxime Rouillard et Quentin Le Nan qu’elle a également rencontrés à Trempo. Elle collabore aussi au projet AvA, avec Eva Ménard qui faisait partie du jury sur le dispositif MuMA. « C’est bien car ces trois groupes se trouvent à des niveaux très différents. L’un par exemple vient tout juste de commencer et l’autre a un an d’existence. J’aime beaucoup car je n’ai pas à tout gérer. Je propose, mais ce sont eux qui décident. C’est important pour moi de ne pas être concentrée que sur mon projet. » D’ailleurs, on ne voudrait trop la déranger et, le café terminé, on la laisse retrouver sa chambre. Même si Trempo est devenue sa deuxième maison, c’est quand même là qu’elle se sent le mieux.

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